Il y a femme et femme…
jeudi 13 septembre 2007, par Banhoudel Mékondo Frédéric
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Il y a femme et femme…
Les femmes sont généralement unanimes sur un point : la nécessaire amélioration de leur statut et de leur condition de vie. Mais, le chemin qui y conduit, la manière d’y accéder les divisent. Il se pose du coup un important problème de représentativité et une sorte de lutte sournoise qui sapent tous leurs efforts.
L es préoccupations de la femme en ville ne sont pas nécessairement celles de sa sœur de la campagne et, le mouvement féminin en faveur de la promotion de la femme, malgré tout le tapage fait autour, ne concerne qu’une minorité. Les femmes rurales ne se reconnaissent pas dans le combat de leurs soeurs citadines qui éprouvent elles-mêmes bien du mal à s’entendre. Les raisons sont qu’elles évoluent dans des conditions différentes.
Prenons la femme rurale. Sur elle pèsent certains aspects de la tradition si bien qu’elle vit sa situation comme une fatalité.
Les femmes rurales sont les principaux agents d’une économie de subsistance basée sur les cultures vivrières, la pêche, le petit élevage et l’artisanat. Elles sont au centre de toutes les activités. En effet, en milieu rural, les femmes constituent la principale main-d’œuvre agricole et contribuent jusqu’à 80 % à la production alimentaire.
Malgré tout ce travail accompli, elles n’ont pas de pouvoir économique. La femme rurale ne dispose que rarement d’un lopin de terre à elle. Les revenus tirés de ses initiatives sont gérés par le mari ; elle ne peut en disposer comme elle le veut.
En ville, l’accès à la formation et à l’information est facile. Ce n’est pas le cas en campagne. En plus, la femme rurale doit adjoindre à ses activités de production les travaux ménagers.
Les femmes rurales n’ont pas non plus l’accès facile aux soins de santé. Beaucoup meurent par manque de moyen de transport pour les conduire au dispensaire ou emportées par des maladies que l’on peut facilement guérir si elles ne vivaient pas en campagne. Les difficultés que rencontre la citadine pour accéder aux soins de santé sont moindres.
En ville, la femme a la possibilité d’enrichir ses connaissances et d’être promue professionnellement. Les pressions familiales et sociales sont moins pesantes, les tabous moins nombreux et les tâches ménagères moins écrasantes.
Dans cette lutte, les centres d’intérêts ne sont pas identiques. La femme citadine aspire à travailler dans un bureau et à des postes de responsabilité, alors que la femme rurale aimerait bien voir ses rudes conditions de travail allégées (avoir accès au moulin à mil, à l’eau, aux soins de santé, à la terre et avoir un pouvoir économique).
Pour la citadine, les aspirations essentielles en campagne sont élémentaires. Ce fossé entre femmes est agrandi par le complexe d’infériorité que vit la femme rurale face à la citadine.
Quelques citadines militent dans les partis politiques. La femme rurale, elle, ne se sent pas concernée parce qu’elle considère la politique comme étant une affaire d’hommes. Quant à son droit de vote, elle l’exerce sans en connaître le sens.
En ville, la femme peut dialoguer avec son époux ; en milieu rural, elle est astreinte à un mutisme presque total et subit toutes les décisions de son mari sans lever le petit doigt. Son statut d’être inférieur lui impose ce silence.
Il faut aussi noter la mésentente entre les femmes en ville qui les empêche de s’unir pour mieux lutter ensemble. Elles sont rongées par la jalousie simplement parce que telle femme a réussi socialement ou par des problèmes de leadership. Elles entretiennent ainsi des querelles intestines. Dans ce cas, comment peuvent-elles se comprendre ?
Dans cette lutte pour la cause de la femme, il faut alphabétiser la femme rurale, lui donner les moyens d’améliorer ses conditions de vie, l’aider à lutter contre la pauvreté et la sensibiliser sur ses droits. Les citadines doivent s’entendre pour lutter ensemble. Il doit en être de même pour les femmes rurales.
Béguy Ramadji Angèle