Groupement Nang-Maji : un outil de développement
mardi 2 février 2010, par Bérilengar Dathol Antoine
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Le canton Ngamongo compte quelques groupements et associations : le groupement Nang-Maji, des groupements villageois, des groupements pour la culture du coton, des groupements d’entraide agricole, l’association des chefs traditionnels pour le développement du canton, les chorales, l’association de danse folklorique, les femmes de charité, etc.
Nang-Maji qui cherche à devenir aujourd’hui un groupement à vocation coopérative est conçu comme un filet, bouclier social, un élan de solidarité en vue de faire face collectivement et plus efficacement aux risques (famine) et aux difficultés (maladie, décès, manque d’argent) que rencontrent ses membres. C’est aussi un système de protection sociale contre les usuriers dont le nombre va croissant dans les villages. Ces derniers prêtent souvent de l’argent ou du vivrier à des taux très élevés (allant jusqu’à 100%). Pire, si d’aventure, la personne n’arrive pas à rembourser ses créances le moment, elle payera le double.
Le quartier, un lien qui unit les membres du groupement
Nang-Maji compte 25 membres dont 2 femmes. A l’exception de l’un d’entre eux qui vient de Kaïrade, un village voisin, tous appartiennent à un même quartier où vit le clan "Mani". Lorsqu’un membre décède, on le remplace par quelqu’un de sa famille nucléaire. Les ressources financières du groupement provenaient au départ des cotisations mensuelles de ses membres et des revenus des champs communautaires, des intrants pour la culture du coton, de la commercialisation du sel de cuisine, du savon, du mil, des arachides, du riz, etc.
Le but poursuivi par Nang-Maji n’est pas différent de ceux des autres groupements. En effet, au début, la plupart des activités de ces groupements étaient centrées autour de la constitution de stocks locaux de céréales en prévision de la période de soudure, la réalisation de champs communautaires ainsi que l’entraide entre les membres des groupements pour le sarclage ou la récolte de leurs cultures. Nang-Maji est une initiative lancée en vue d’améliorer les conditions de vie de ses membres et de résoudre certains problèmes qui les menacent. Au-delà de ces objectifs classiques, un groupement comme Nang-Maji constitue au niveau local un espace d’expression de la solidarité, de concertation et même d’identité. C’est aussi un système d’assurance risque. Comme la plupart des groupements, il a développé et mis en œuvre une stratégie de gestion des risques face à l’insécurité alimentaire. Cette stratégie est basée sur le stockage des vivriers et l’exploitation des champs communautaires dont les produits sont essentiellement destinés à prévenir la famine, et le cas échéant à être commercialisés. Le produit destiné à la commercialisation est donné en priorités aux membres des groupements (avec des conditionnalités souples) en début de saison des pluies pour les arracher à l’emprise des usuriers qui achètent les productions avant même que les terres ne soient emblavées.
Outre l’assistance en cas de maladie ou de décès, les membres du groupement bénéficient de certains avantages. Une somme de 350 000 Fcfa a été prélevée pour être partagée entre les membres. De même, chaque année, en début de la saison des pluies, chacun des membres perçoit la somme de 5 000 Fcfa pour ses travaux champêtres. Cette somme permet à ceux ou celles qui n’ont pas de bœufs de les louer pour commencer tôt leur culture. Les membres du groupement reçoivent des prêts à un taux préférentiel de 10% . Les bœufs du groupement peuvent également être utilisés à un prix préférentiel. Et ceux qui n’ont pas eu une bonne récolte peuvent aussi bénéficier d’un prêt remboursable en nature. Par contre, les non membres contractent des prêts à un taux de 50%.
L’appui des partenaires au développement
La mise en place de Nang-Maji n’est pas seulement l’œuvre des ses membres. Certaines institutions ou ONG ont joué un rôle important pour sa naissance et son développement. C’est le cas notamment de l’ex-curé de la paroisse Nujikwa, actuel recteur du grand séminaire saint Luc, et du Belacd de Doba jusqu’à 2002. Celui-ci a aidé Nang-Madji à construire un grenier (magasin) communautaire. Il lui a ensuite accordé des crédits pour l’achat du mil et des arachides. Par la contribution du Belacd de Lai s’est par contre limitée à la formation en gestion du mil, techniques de fertilisation des sols, vaccination des animaux et des enfants, etc. De plus, l’appui de l’organisme World vision a permis l’acquisition de deux moulins et le forage de puits. Cet organisme a également accordé des crédits pour l’achat et le stockage du mil, du riz et de l’arachide. Enfin, le Projet sectoriel d’appui aux organisations paysannes a récemment octroyé des crédits pour l’élevage des volailles et des petits ruminants. En plus de ces appuis financiers, il faut aussi citer ceux d’ordre technique, pédagogique ou méthodologique apportés par différentes institutions travaillant dans le milieu.
Des réalisations pour les membres et la communauté
Vingt ans après, un certain nombre de réalisations ou d’investissements sont inscrits à l’actif du groupement Nang Maji. Ainsi, le groupement a créé une coopérative de santé, aménagé un puits traditionnel, effectué deux forages d’eau, acheté 4 décortiqueuses pour le riz et l’arachide, deux treuils destinés à la location, deux charrues et une charrette. Elle a également contribué à hauteur de 535 000 Fcfa pour le fonds de roulement et de fonctionnement du centre de santé. De même, il a réparé lui-même le toit de l’école officielle détruite par une tornade.
Les revenus du groupement ont permis d’investir en particulier dans le matériel agricole, l’élevage et la constitution de stocks céréaliers. L’élevage de petits ruminants et des porcins, ainsi que celle de la volaille, et la formation des bénéficiaires à la vaccination est également une des innovations les plus appréciées par la population.
Pour les habitants de Ngamongo, certaines réalisations du groupement Nang-Maji, comme l’introduction du moulin à mil dans le village et le forage d’eau ont beaucoup aidé les femmes. Car celles-ci, au retour du champ, ne passent plus beaucoup de temps à piler le mil ou à puiser de l’eau. Lorsque survient un cas de décès dans le village, les moulins peuvent être utilisés pour moudre ou décortiquer gratuitement les céréales destinées à l’organisation des obsèques. Des prêts sont aussi accordés aux non membres en cas de maladie ou de décès mais à des taux moins élevés que ceux généralement pratiqués par les usuriers.
Selon le chef de canton de Ngamongo, le groupement connait quelques petits problèmes. Pire, il est "en train de reculer". Avis partagé par les membres qui reconnaissent eux aussi qu’après plus de vingt ans d’existence, leur groupement fait face à de nouveaux défis. Par exemple, les moulins tournent au ralenti à cause de la concurrence exercée par d’autres moulins implantés au village par des commerçants venus d’ailleurs. Certains paysans préfèrent vendre leur mil au début de la saison des récoltes aux commerçants venus d’ailleurs. Autres difficultés, le groupement n’arrive pas à récupérer le crédit accordé en nature ou en argent (60 à 80 sacs) à d’autres groupements malgré des plaintes déposées auprès des autorités cantonales. De plus, 121 000 Fcfa du groupement ont été bloqués à la COOPEC de Ngamongo. Jusque-là, il est impossible de récupérer cette somme. Parmi le chapelet des difficultés, on peut citer aussi une épizootie qui a décimé le petit élevage que le groupement venait d’initier avec l’appui du PSAOP. Voilà un autre espoir qui a volé en l’air.
Des signaux peu rassurants
Malheureusement, en plus de cette épizootie, certains membres de groupement ont perdu leurs bœufs d’attelage par vol. Les conflits nés des vols de bétails ou des destructions des récoltes entre éleveurs et agriculteurs s’intensifient et deviennent de plus en plus coûteux financièrement et en vies humaines. Les paysans sont souvent les grands perdants dans ces conflits devant la justice. En plus, s’ajoutent quelques dissensions internes au groupement. Des amendes exorbitantes pour des cas de bagarres opposant certains de ses membres sont infligées contre le groupement. Le faible niveau de formation et la barrière linguistique empêchent les organismes d’entrer directement en dialogue avec Nang-madji. Les organisations professionnelles et organismes d’appui qui peuvent jouer un rôle central dan la structuration du milieu rural et la transmission de l’information et la gestion des outils modernes (la téléphonie mobile, l’organisation des marché, etc.) sont rares. Autant de source de découragement. De l’avis du chef de canton, le groupement recule. Pour ses membres, le groupement s’est arrêté.
B.D.