Citoyenneté et cohésion sociale : Egaux en droits et devoirs

vendredi 29 janvier 2010, par Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric

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Pour favoriser une harmonie entre les citoyens, les pouvoirs publics comme les individus, se doivent de développer des normes qui intègrent les valeurs chères à chaque individu ou groupe d’individus mais aussi chères à toute la société. Cela passe par la tolérance, l’égalité, le respect mutuel, etc.

La cohésion sociale est l’un des axes importants de la citoyenneté. C’est le fait que tous les membres d’une société donnée se sentent membres à part entière de cette société et qu’ils soient appelés à vivre ensemble. Ceci amène chaque citoyen à accepter l’autre et à adopter une attitude de tolérance vis-à-vis des croyances religieuses et culturelles de celui-ci, de son origine ethnique ou encore de sa coloration politique, pour ne citer que ces aspects. Cette cohabitation ne peut se dérouler que dans un même espace.

La cohésion sociale ou encore l’harmonie est le lien social établi par la citoyenneté. C’est l’inclusion et non l’exclusion sociale. Elle véhicule un certain nombre de valeurs que les membres d’une société doivent s’approprier et faire transparaître dans leurs relations quotidiennes. La tolérance, l’égalité, la solidarité, la justice sont quelques-unes de ces valeurs.

La tolérance doit amener le citoyen à être attentif au respect de la différence de son compatriote. L’expérience a montré que la diversité sous toutes ses formes, si elle est bien exploitée, constitue une richesse. Le rayonnement économique et culturel de "la nation arc-en-ciel" (Afrique du Sud) ou encore des Etats-Unis d’Amérique en sont la preuve patente. Si je suis chrétien et que mon vis-à-vis est musulman ou animiste, je ne dois pas me considérer comme supérieur à lui, mais plutôt comme son égal. Et ce, vice-versa. Les mêmes droits que j’ai, doivent être les siens. Même si je ne partage pas son point de vue, je dois me battre pour qu’il puisse exprimer ses opinions.

Contrairement aux idées préconçues, la tolérance n’est pas synonyme de lâcheté ou de résignation, mais plutôt une marque de respect à l’égard de l’autre, bien évidemment, en conservant son identité et les convictions auxquelles on est attaché. En fait, c’est rester soi-même tout en s’ouvrant aux autres.

La même loi applicable à tous les citoyens

De plus, la consolidation de la cohésion sociale passe par la garantie de l’égalité entre les citoyens. Tous les citoyens sont égaux en droits et en devoirs dans une société. La Constitution tchadienne ne fait pas dérogation à ce principe universel. Si un État veut que ses citoyens se sentent membres à part entière, il doit nécessairement les traiter sur le même pied d’égalité. Cela suppose qu’il faille créer et donner à tous les mêmes chances en termes d’accès à l’emploi, à l’éducation de qualité, aux soins médicaux, etc.

En cas d’infraction, la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur à l’égard de tous les justiciables, sans distinction d’origine ethnique, du standing social ou de religion. Cette façon de faire amène les différents membres de la société à avoir confiance aux institutions de leur pays et à vivre davantage en communion. Sans la prise en compte de ces valeurs, l’on tendra inévitablement vers les freins à la cohésion sociale qui sont les éléments déclencheurs de conflits au sein d’une société.

L’Etat, garant de l’égalité entre les citoyens

Le premier d’entre ces freins à savoir le traitement inégalitaire, peut mettre à mal la cohésion sociale. Ainsi, si dans une société, certaines personnes ou certaines communautés ne sont pas toutes traitées de la même manière que les autres, cela peut être un facteur de danger pour la cohésion sociale parce que les uns se considèreront comme supérieurs aux autres. Ceux qui s’estiment être moins bien traités que les autres accumuleront en eux beaucoup de frustrations qui exploseront tôt ou tard, à la moindre étincelle.

Le risque est plus élevé encore, lorsqu’on est en présence des inégalités horizontales. C’est le cas lorsqu’on traite de manière inégalitaire des communautés ou des individus de même niveau. Par exemple, au sein d’une entreprise, si on paie différemment deux agents de même niveau, recrutés pour le même travail. C’est aussi le cas pour un père de famille polygame qui choie plus les enfants d’une de ses épouses au détriment des autres ; la cohésion familiale en prendra certainement un coup.

A l’échelle nationale, toutes les communautés ethniques ou régionales doivent être traitées de façon égalitaire par les autorités de la République. A titre illustratif, le versement de la Diya (ou prix du sang) instaure un barème des montants de dommages et intérêts à payer à la famille de la victime selon son groupe ethnique. Ce montant peut varier de 200 000 Fcfa pour une ethnie à 5 000 000 Fcfa pour un groupe. Ces transactions se font au vu et au su des autorités tant politiques, administratives que judiciaires. Elles sont même quelques fois encouragées par certaines de ces autorités. L’on emploie le terme d’intouchables pour qualifier certains individus qui se voient supérieurs aux autres et qui défient allègrement l’autorité de l’Etat. Dans ce cas de figure, comment peut-on parler de cohésion sociale ?

Le deuxième frein à la cohésion sociale est la négation des valeurs et de l’identité de l’autre. Si dans une société des personnes ont des convictions profondes (croyances religieuses, idéologiques), il faut les respecter. Au niveau religieux, un musulman, un chrétien, un bouddhiste ou un animiste accorde la plus grande importance à ses pratiques et convictions. Les questions de foi étant très sensibles, il est nécessaire de laisser chacun vivre sa foi comme il l’entend, du moins, tant que cela ne constitue pas un danger pour le bon fonctionnement de la société. En somme, tant qu’on n’enfreint pas aux bonnes mœurs et à l’ordre public.

La négation des valeurs de l’autre peut se traduire par des préjugés, des stéréotypes ou des idées toutes faites. ’’Telle ethnie est une association de voleurs’’, ’’telle autre est un regroupement de mangeurs chiens’’ ou ’’telle autre encore, l’antre des sorciers’’, etc. Ce sont des boutades banales qu’on a tendance à écouter un peu partout dans les commérages, sans pour autant qu’on s’attarde sur la gravité de leur portée. Bien entendu, il faut reconnaître qu’il existe dans nos différentes sociétés culturelles des pratiques telles que le "cousinage" ou “parenté à plaisanterie” qui, loin de jeter l’huile sur le feu, contribuent à détendre l’atmosphère et constituent une forme de taquinerie interclaniques et interethniques.

La négation des valeurs de l’autre comme source de tensions Le danger de la négation des valeurs de l’autre va entraîner les personnes contrariées soit à chercher à se défendre, soit à s’enfermer dans un repli identitaire, souvent lourd de conséquence. Le chercheur Kelman a développé une théorie en lien avec l’identité menacée, laquelle théorie démontre que toute identité menacée engendre forcément des conflits.

L’autre frein à la cohésion sociale est la violation des espaces de l’autre. Le sociologue Ervin Goffman, dans sa théorie sur ’’les territoires du moi’’, soutient que la violation du territoire de chaque individu (sa place, son tour, ses territoires de possession etc.) peut être source de frustrations.

Ainsi, habituellement, si une personne sent que son espace est violé, tout naturellement, il se sent offusqué. Quand vous êtes dans votre bureau ou maison, n’importe qui ne peut pas y entrer sans votre autorisation. Cela s’explique par le fait que le domicile est considéré comme un espace personnel et intime ; une intrusion sans permission peut poser problème. Ceci peut se constater au niveau individuel tout comme à l’échelle communautaire. Par exemple, lorsque quelqu’un fait la queue devant un cinéma ou à l’hôpital et qu’un autre vient se mettre devant lui, ce dernier viole son territoire qui est en l’espèce son ordre dans le rang. Cela peut créer des tensions et entrainer des altercations ou des bagarres entre eux. Or, ici au Tchad, il est banal, d’assister à ces genres de scène un peu partout. Si ce n’est pas avec physique qu’ils le font, certains gros bonnets préfèrent tendre quelques billets de banque au guichetier pour être servis plus vite que les autres qui attendaient avant eux devant le guichet.

Agir sur les jeunes pour un avenir meilleur

Beaucoup de conflits fonciers récurrents en Afrique entrent dans la logique de violations de l’espace de l’autre : conflit agriculteurs et éleveurs, conflits autour des puits d’eau et d’autres ressources naturelles, etc. Pour parvenir à la cohésion sociale, il faut un travail à deux niveaux. Dans un premier temps, le niveau le plus important, c’est auprès des autorités administratives qu’il faut agir. Il faudrait que les règles régissant la cité soient claires, justes et s’appliquent de façon scrupuleuse à tous. Tous les membres de la communauté se sentiront égaux. Il faudrait pour cela une réelle volonté politique. Dans un second temps, à la base où il y a toute la question de l’éducation et de l’effort de chacun.

Les jeunes ainsi que les enfants doivent être au centre de cette action, car la culture de la paix commence dès le bas âge et progressivement conduit à l’acquisition des vraies valeurs.

Frédéric Mbaïdedji Ndjénodji