La Caisse de Développement de crédit rural (CDCR) : le financement fait défaut
vendredi 26 février 2010, par Ramadji Béguy Angèle
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Le projet de CDCR renferme deux volets : le crédit direct et l’organisation des coopératives d’épargne et de crédit (Coopec) et financement des intrants à la Cotontchad. L’objectif de la création de la CDCR est de permettre le financement des infrastructures rurales et l’accès aux semences et intrants agricoles. Avant la mise en place de ce projet, une étude préalable a permis d’organiser les producteurs en coopératives pour qu’ils épargnent en attendant l’octroi du crédit. Des coopératives d’épargne et de crédit (Coopec) ont été créées. 55 Coopec ont formé l’Alliance pour le Crédit et l’Epargne (ACEL), une structure faîtière.
Le non-respect des engagements du gouvernement
Concernant la procédure d’octroi du crédit, les producteurs individuels ou regroupés en association ou groupement, identifient leurs besoins et soumettent leur projet à la Coopec. A son tour, la Coopec étudie le dossier et le finance si elle le trouve rentable ; sinon elle peut proposer un autre projet plus rentable. Une garantie personnelle, une caution morale ou une caution solidaire est ensuite demandée. Ainsi, 13 000 producteurs ont été mobilisés. Dans la zone du Mandoul, on compte 873 membres à Moissala et 1133 membres à Koumra. Les manuels de procédure de gestion ont été apprêtés. Des campagnes de sensibilisation ont été organisées, des comités d’éducation de crédit ont été créés.
La première enveloppe de la BAD a permis d’octroyer un crédit d’un montant total de 510 999 999 Fcfa. Les crédits devraient permettre une augmentation de la production vivrière en renforçant les capacités des producteurs en matériels agricoles (charrues et charrettes et autres biens). Le remboursement a atteint 411 016 944 Fcfa en capital et 73 358 484 Fcfa d’intérêt, soit un taux de 80,43% de remboursement. Cependant, le projet rencontre des difficultés à cause de sa dépendance vis-à-vis du bailleur extérieur. Après la première tranche de financement du projet par la BAD d’environ 772 millions Fcfa, le financement a été suspendu à cause des manquements constatés dans la gestion du volet “intrant coton” géré par la Cotontchad. La BAD avait commandité un audit qui a relevé un gap de 594 millions sur les acquisitions d’intrants à la Cotontchad. La BAD aurait demandé le remboursement de cette somme avant tout autre financement. Selon le directeur de la CDCR, l’Etat tchadien a apporté sa part de subvention de 150 millions en 2007 et a promis de verser 100 millions en 2008 mais n’a déboursé que 50 millions. Il a plutôt choisi de subventionner les matériels agricoles. Ainsi la charrue qui est vendue entre 80 000 et 50 000 Fcfa est subventionnée à 30 000 Fcfa, la charrette qui coûte environ 400 000 Fcfa se trouve à 250 000 Fcfa. Cette différence de prix des matériels agricoles devraient servir à subventionner les établissements de micro finance qui appuient le milieu rural. N’ayant pas vu le financement, la plupart des membres des Coopec se sont désengagés. M. Ngaoundandé Moro, agent agricole détaché au projet CDCR pour le suivi des Coopec de Koumra et Moïssala, a confié qu’il n’a pas perçu son salaire depuis décembre 2008 alors que le projet est arrivé en principe à son terme depuis le 31 décembre 2009. Même s’il est prorogé au 31 mars 2010.
Le surendettement des paysans
Selon M. Alladoum Nadlengar Djigui, chef de secteur ONDR de la Pendé, les Coopec de toute la région du Logone Oriental ne fonctionnent plus à cause du faible taux de remboursement : moins de 50 % de l’ensemble des crédits accordés aux producteurs sont remboursés. Certains producteurs bénéficiaires ont contracté un crédit auprès d’une autre institution de micro finance pour payer les dettes des Coopec. D’autres ont adhéré mais n’ont pas épargné. Il y a eu beaucoup de retraits mais pas de dépôts. En outre, "l’économie tchadienne est une économie de consommation, et il est difficile d’économiser ce qui est non consommé pour capitaliser ", regrette le directeur général du CDCR. Par exemple, il est difficile aux producteurs de rembourser le crédit pour l’achat de charrette, le remboursement peut s’étaler de 3 à 4 ans. "Tous les fonctionnaires de Doba sont partis dans les caisses d’épargne et de crédit (CEC) pour bénéficier de crédit remboursable avec leur salaire ", ajoute-t-il.
Angele Beguy Ramadji.