De la famille aux institutions : Typologie et causes des conflits au Tchad
samedi 25 août 2007, par Banhoudel Mékondo Frédéric
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De la famille aux institutions
Typologie et causes des conflits au Tchad
Au sein de la famille, dans le quartier, sur le lieu de travail, dans le groupe ethnique, dans la communauté nationale, entre institutions, entre les Etats, etc. les conflits peuvent surgir. Tandis que certains conflits peuvent connaître un règlement définitif, d’autres resurgissent de manière cyclique, leurs causes n’ayant pas été éradiquées ou les mécanismes de leur prévention n’ayant pas été prévus. Au Tchad également, ces genres de conflits existent. Début juillet 2006, un colloque scientifique sur le sujet a réuni au CEFOD plus de vingt cadres tchadiens, hommes et femmes. Tchad et Culture vous propose un aperçu des communications.
Les conflits sont souvent corollaires d’une déviance par rapport à un ordre établi ou d’une contestation de cet ordre par un ou des éléments d’une entité donnée. Ils peuvent se manifester à tous les niveaux : opposer l’individu à lui-même, des individus entre eux ou à leur groupe, des individus ou groupes d’individus à des institutions ou des institutions entre elles.
Des actes graves pour les uns, mineurs pour les autres
Au Tchad, les conflits qui interviennent dans la sphère familiale, communautaire ou intercommunautaire ont trait à la dot, au mariage, à la succession, à la polygamie, à l’héritage, aux funérailles de la femme, à la sorcellerie, aux castes, aux points d’eau, aux limites des parcelles de culture, aux pâturages, etc. Ils sont plus ou moins exacerbés en fonction de l’importance accordée par la communauté concernée à l’acte de déviance. Les causes des conflits varient selon les communautés. Elles peuvent être sociales (meurtre, viol, enlèvement de filles, paternité d’un enfant, droit de lévirat sur une femme, négation d’un divorce sur une femme déjà remariée, injure grave usant des qualificatifs comme forgeron, bâtard, pédéraste, kâfir, etc.), économiques (commerce, exploitation minière, impôts sur les hommes et les sujets, saisie de biens, etc.) ou religieuses (profanation de lieux de culte ou d’objets sacrés, actes heurtant le sentiment religieux)1. La qualification et donc l’importance accordée au type de conflit qui surgit varie en fonction des sociétés. Ainsi, ce qui peut déboucher sur mort d’homme dans un groupe peut être banalisé dans un autre : adultère, non-respect du contrat de mariage, chefferie chez les uns ; castes, sorcellerie, foncier, vol et détournement de biens chez les autres.
On observe de plus en plus, au sein des établissements scolaires, des conflits qui épousent les contours de ceux opposant les communautés tchadiennes. Ce que ces types de conflits portent en eux de nouveau, c’est leur caractère violent et leur extension fréquente aux communautés d’origine des belligérants. Les causes sont ici le mépris de l’autre enseigné aux enfants par les parents, la prolifération des armes à feu, le pléthore d’élèves qui empêche leur bon encadrement, etc.2
De la famille aux institutions nationales
Un autre type de conflit est celui qui oppose agriculteurs et éleveurs. Leurs causes sont de deux ordres : lointaines et immédiates. Les causes lointaines sont liées à l’accroissement de la population humaine et animale : la zone soudanienne, 10% du territoire nationale, a une densité de près de 22 habitants au km2 ; le Moyen-Chari, par exemple, supporte 17% du total des bovins du pays et 32% des petits ruminants avec des pointes à 50% en période de grande transhumance. Il y a aussi les perturbations climatiques et la non-adaptation des méthodes culturales à cette nouvelle donne, la dégradation des sols due à la culture attelée. Les causes immédiates de ce type de conflit sont : la divagation des animaux, l’absence ou la disparition des couloirs de transhumance, l’insécurité qui pousse les éleveurs à se rapprocher des villages, la mauvaise gestion des conflits par les administrateurs et chefs militaires qui aboutit à des frustrations, le vol de bétail, le non-respect des us et coutumes et des autorités traditionnelles locales par les éleveurs, la politisation des rapports entre éleveurs et cultivateurs, etc. 3
Sur le plan politique, on note deux types de conflits : les contentieux électoraux relatifs aux listes électorales, à la campagne électorale, aux opérations de vote et à la contestation des résultats dont les causes proviennent aussi bien des fautes de l’administration dans la phase préélectorale et pendant le scrutin que des partis politiques d’opposition qui ne prennent pas les dispositions nécessaires pour les éviter ou au moins en diminuer l’ampleur. (4) Les rebellions et conflits politico-militaires "derrière lesquels profile l’ambition inavouée pour le pouvoir et pour le gain au profit d’un groupe et au détriment des autres", constituent un autre type de conflit politique au Tchad.(5)
Comme on le voit, au Tchad, les types de conflits sont multiples et leurs causes variées. Mais, ils ne sont pas l’apanage des seuls Tchadiens. Dans toutes les communautés humaines, les conflits existent. Mais, celles-ci les considèrent comme étant une situation ponctuelle, anormale qu’il faut transcender pour repartir sur de nouvelles bases acceptées par les belligérants parce que, face aux conséquences possibles ou déjà subies, ceux-ci sont parvenus à la conviction qu’il faut aller de l’avant. Dans le cas contraire, prévaut une situation de non-paix qui pousse dans un cycle de vengeance.
Dans les différentes communautés tchadiennes, le conflit est perçu comme étant géniteur de paix et non de belligérance. C’est pourquoi, elles ont toutes en leur sein, prévus des modes de règlement de ces conflits. Comment faire donc pour que cette aspiration à la paix fasse tâche d’huile au niveau national ?
Naygotimti Bambé
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1 Zakaria Fadoul Khitir, vice-recteur, Université de N’Djaména
2 Oussoumri Djimasngar, enseignante
3 Madjihoudou Laoundam Laoumaï,, journaliste, coordinateur du programme Médiation entre éleveurs et Cultivateurs (MEC
4 Houdéingar Ngarimaden David, président du Conseil constitutionnel T
5 Oumar Nayo Jacob,directeur de cabinet du médiateur national
T&C n°249 septembre 2006